Ma réaction dans les colonnes du JSD (n°829) à la visite et aux annonces de Sarkozy à Bobigny
« Je m’inscris en faux contre l’amalgame jeunes décrocheurs scolaires et
trafiquants de drogue fait par Nicolas Sarkozy. Les solutions qu’il préconise
dans le domaine scolaire sont extrêmement dangereuses. La suppression des
allocations familiales ne fera qu’empirer les choses. La création de deux
internats pour des élèves difficiles revient à créer deux bombes dans le
département. Pour casser la spirale de l’échec en Seine-Saint-Denis, mieux
vaudrait une prise en charge individualisée des élèves qui en ont besoin, avec
des structures médico-éducatives adaptées. Sur la sécurité, le discours est le
même depuis 2002 sans que rien ne soit suivi d’effets. Et notamment pas
l’affectation de 400 policiers qui manquent. Le président est pour une police
qui fait des coups: c’est le syndrome Gare de
Saint-Denis. »
En adoptant un
budget déficitaire, ce que la loi interdit, les conseillers généraux de gauche
entendent alerter sur la situation financière difficile, due aux 640 millions
d’euros que l’État doit depuis 2004. «
Le renoncement ne fait pas partie de notre vocabulaire. Nous ne serons
pas les liquidateurs du service public… » Depuis son fauteuil de
président du conseil général de Seine-Saint-Denis, le socialiste Claude
Bartolone a pris, jeudi 8 avril, des accents rugueux pour dénoncer «
une stratégie de mise à mort des collectivités locales ». La plupart
des élus du groupe communiste et citoyen arborent en plus un tee-shirt
sur lequel on peut lire : « Sarko étrangle la Seine-Saint-Denis » avec
dans le dos la suite du message « et la gauche elle fait quoi ? ». Dans
ce décor, la journée consacrée au vote du budget départemental a tenu
ses promesses.
Pour la (presque) première fois, le budget adopté par les élus
départementaux est en déséquilibre. C’est-à-dire qu’il prévoit 75
millions de dépenses de plus que les recettes. Ce que la loi interdit
clairement. Un précédent épisode, en 2005, sous la présidence
communiste et avec l’abstention des élus PS, avait vu le conseil voter
alors un budget prévoyant une recette (non assurée) de 25 millions
d’euros représentant ce que devait alors l’État pour payer la facture
du RMI dans le département (un peu plus de 22 millions avaient été par
la suite accordés).
Aujourd’hui, l’État doit un total cumulé « de 640 millions depuis 2004
», dit le président Bartolone, « il choisit de rompre avec la
solidarité nationale. Les 75 millions n’en sont qu’une partie ».
Du côté de la droite (10 UMP-NC), on ne partage pas cette analyse,
Ludovic Toro, le président du groupe préférant réclamer « la démission
», tandis que Jacques Chaussat évoque « la posture d’un syndic de
faillite » du président. La solidarité gouvernementale s’exprime comme
elle peut. Conséquence logique, leur vote est négatif.
Celui des (17) socialistes est positif. Les (13) élus communistes, eux,
finissent par choisir l’abstention, après avoir rappelé leur paternité
de cette proposition de budget en déséquilibre. Mais ils regrettent que
les 75 millions « ne soient pas fléchés », c’est-à-dire affectés point
par point à des dépenses précises. Néanmoins, les quelques
interruptions de séance ont débouché sur plusieurs accords, et en fin
de journée, il apparaît que les subventions au Salon du livre de
jeunesse de Montreuil seront reconduites, ce qui était incertain. Quant
aux centres d’information et d’orientation (CIO), ils seront encore
subventionnés cette année. Néanmoins, les finances des collectivités sont de plus en plus serrées.
La fiscalité a ses limites, et les 6% d’augmentation décidés par le
conseil général cette année, qui s’ajoutent aux 7% de l’an dernier, ne
suffisent pas. Conséquence parmi d’autres, les aides au mouvement
sportif en prennent un coup. Les équipes qui évoluent au niveau
national risquent pour la plupart de voir leurs aides départementales
revues à la baisse.
« Nous avons voté un budget de révolte », ont dit les conseillers de
gauche. Ajoutant : « Nous avons deux mois pour lancer une vaste
mobilisation populaire afin d’obtenir le remboursement de ce l’État
nous doit. » Avant tout risque de décision gouvernementale de mise du
département sous tutelle préfectorale. Ce que le président Bartolone «
ne croit pas un seul instant ».
Compte rendu : Gérald Rossi
Mathieu Hanotin (groups PS et alternative citoyenne)
« Il faut de la cohérence »
« Nous avons décidé de voter un budget non pas en déséquilibre, mais un
budget que certains peuvent dire insincère. Il prend en compte 75
millions de recettes provenant de l’État, qui ne sont pas programmées
par lui mais qui nous sont dues. C’est clairement une alerte. » Mathieu
Hanotin précise qu’il « faut de la cohérence. Ce n’est pas sur le
social que l’on doit faire des économies, alors que le refus de l’État
de remplir ses obligations nous conduit à des choix cornéliens.
Accepter cette situation nous conduirait à ne plus pouvoir financer
certaines actions ». « Aujourd’hui, la loi nous impose par exemple de
gérer l’aide sociale, notamment le RSA, c’est une question de
solidarité nationale, mais le financement d’État n’étant pas au niveau
des besoins, ce sont les impôts des Séquano-dionysiens qui y
contribuent, et c’est injuste. »
Du monde, il y en a un peu ce 12 novembre peu avant
17 h. Mais les personnels et les quelques parents qui se regroupent
devant la grille du collège Fabien ne sont pas là pour emboîter les pas
du président du conseil général venu inaugurer l’établissement. Ils
dénoncent au contraire « une mise en scène » selon l’expression d’un
prof d’histoire en poste dans le collège depuis quinze ans. Le tract
distribué, non signé, appelle au boycott « d’une mascarade » inaugurale
et dénonce pêle-mêle « les travaux d’une qualité déplorable », « les
entreprises non qualifiées et les matériaux au rabais », « les portes
coupe-feu déjà hors service », « la salle des sports mal conçue », « la
cour qui se transforme en piscine », « des fuites importantes avec des
risques de courts-circuits dans certaines salles » et, au final d’une
longue énumération, « un collège dégradé avant même d’être achevé ».
Ambiance, donc, à l’extérieur.
À l’intérieur, le climat est tout autre. Les élèves sont près pour
l’événement. Ceux du Segpa bâtiment manient la truelle et le béton en
démonstration, des collégiens passent en revue et au micro la
biographie du colonel Fabien, résistant communiste qui exécuta le
premier officier allemand en 1941 et qui donne son nom au lieu. La
plaque inaugurale est dévoilée, la visite fléchée peut commencer.
L’ambiance se détend. Le voyage le long des couloirs aux tons pastel
(rose, jaune pâle, blanc) mène des salles de classes au CDI et s’achève
là où commencent les discours.
« Les conditions se sont nettement améliorées »
Le principal, premier à intervenir, décrit non sans humour la période
des travaux commencés en novembre 2006 « dans le bruit et la
poussière » avec des déménagements incessants. L’évocation de ces
« cicatrices » ne l’empêche pas de louer « la nouvelle page du collège
et aussi du quartier » et la qualité du travail architectural réalisé.
Le maire Didier Paillard dit ne pas comprendre l’attitude de ceux qui
ont choisi de bouder l’inauguration. Il constate, après cette visite et
pour connaître l’avant et l’après de « cet établissement historique
ouvert il y a quarante ans, que les conditions de l’enseignement se
sont nettement améliorées ».
Daniel Auverlot, inspecteur d’académie, salue le nouvel espace créé par
l’architecte qui a su casser la « construction toute en longueur » en
vogue dans les années 70. Et Claude Bartolone, « heureux de la première
marche franchie » malgré les « quelques désordres » qui restent à
régler, rappelle que 13 millions d’euros ont été consacrés à la
rénovation de Fabien. « Nous réussirons à faire de ce bâtiment un
exemple à l’image de l’homme historique qui porte son nom », avertit le
président du conseil général qui martèle à plusieurs reprises sa
volonté d’offrir « aux enfants de Saint-Denis, quels qu’ils soient, les
chances de la réussite scolaire ».
« Maintenant c’est très bien »
La nuit est tombée, les élèves de 3e de l’an passé qui se sont bien
comportés au brevet reçoivent leurs diplômes en présence de nombreux
parents et d’élus de la majorité municipale. Dehors, les militants
anti-inauguration sont partis. Les élèves présents et qui veulent bien
s’exprimer ne perçoivent pas les choses comme eux. À l’instar d’un
petit nouveau, en classe de 6e, qui a vu les photos d’avant la
rénovation, quand « c’était pas très beau, alors que maintenant c’est
très bien ».
Le conseiller général de la Plaine, vice-président de l’exécutif départemental, est dans le 93 le chef de file de la motion présentée par Benoît Hamon au plan national. Entretien.
Le JSD : Vos aînés, Bruno Le Roux, député, et Claude Bartolone, président du conseil général, sont signataires de la motion Delanoë/Hollande pour le premier cité et Aubry/Fabius pour le second. Vous, vous portez le texte Hamon/Emmanuelli. Pourquoi ?