Blog de Mathieu Hanotin

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samedi 19 juin

Remise des prix aux lauréats départementaux du concours national de la Résistance et de la Déportation




Vous trouverez ci-dessous le discours que j'ai prononcé lors de la remise des prix aux lauréats départementaux du concours national de la Résistance et de la Déportation.



Monsieur le Préfet,
Mesdames et messieurs les élus
Monsieur l’inspecteur d’académie,
Monsieur le président de l’Union départementale des associations d’anciens combattants,
Mesdemoiselles et messieurs les lycéens et collégiens de Seine-Saint-Denis,
Mesdames et messieurs les chefs d’établissement,
Mesdames et messieurs les parents d’élèves,

Je dois dire que c’est un honneur et un plaisir d’être ici aujourd’hui avec vous pour remettre avec Monsieur le Préfet et Monsieur l’inspecteur d’académie, les prix aux lauréats départementaux du concours national de la Résistance et de la déportation.

Comme vous le savez le thème retenu cette année a été : « L’appel du 18 juin 1940 du Général de Gaulle et son impact jusqu’en 1945 ».

Je vous rassure, je me garderais bien de vous faire un cours d’histoire sur la période et plus particulièrement sur l’appel du 18 juin. En effet, de nombreuses personnes ici présentes seraient sans aucun doute bien plus érudites que moi sur ce sujet, à commencer bien entendu par les collégiens et les lycéens présents qui ont participé à ce concours.

Néanmoins, il me semblait important de dire quelques mots sur le sens à donner à ce concours, et plus particulièrement sur le thème retenu cette année. Si la place de la 2nd guerre mondiale dans les programmes scolaires est encore très présente, elle apparait pour les nouvelles générations, comme un moment de plus en plus lointain.

Il y a une différence entre connaitre les événements de cette période et prendre conscience qu’ils ne sont pas déroulés dans un lointain passé, mais qu’au contraire que c’était hier. Et de nombreuses personnes en sont encore les témoins et les acteurs vivants de cette histoire, qui est notre histoire.

Ainsi, je trouve particulièrement nécessaire un tel concours et plus généralement toutes les initiatives visant à perpétuer la mémoire de la résistance et de la déportation.

Le Conseil général de Seine-Saint-Denis continue d’entretenir cette mémoire, par exemple, de nombreux collèges portent le nom de Résistants et nous avons eu l’honneur de baptiser le dernier collège que nous avons construit à Livry Gargan, du nom de Lucie Aubrac.

Nous venons de commémorer le  70ème anniversaire de l’appel du 18 juin du Général de Gaulle, qui a été naturellement choisi comme thème du concours de cette année.

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mercredi 16 juin

Communiqué de presse - Suppression des allocations familiales : «Le gouvernement continue sa chasse aux pauvres»


Vous trouverez ci-dessous ma réaction, transmise aux médias, à l'occasion de l'examen ce jour à l'Assemblée Nationale de la proposition de loi de l'UMP sur la suspension automatique  des allocations familiales en cas d'absentéisme prolongé.


C’est aujourd’hui que les députés examinent la proposition de loi du Député UMP Eric Ciotti, qui prévoit une suspension systématique des allocations familiales en cas d'absentéisme prolongé.

« L’absentéisme est un fléau » a répété le Président Sarkozy à plusieurs reprises. Et il entend agir vite, sans même entendre ni les conclusions des Etats généraux de la sécurité à l’école, ni même les voix qui, depuis cette annonce, se sont élevées contre cette mesure jugée injuste et inefficace.

Les Etats généraux ont clairement mis en avant la question de l’encadrement des jeunes dans l’enceinte de l’Ecole, la nécessité de former et accompagner les jeunes enseignants, prévenir le décrochage scolaire et veiller à une plus grande stabilité des équipes.

Les annonces du gouvernement en matière d’éducation vont dans un sens complètement opposé
: suppression des allocations familiales pour les parents d’élèves absentéistes, suppression de 16 000 postes à la rentrée, augmentation du nombre d’élèves par classe, diminution de la scolarisation des enfants de deux ans en maternelle, suppression des RASED, absence de remplacement des enseignants…
D’un côté, le gouvernement annonce une volonté de lutter contre l’absentéisme, de l’autre, il amplifie la destruction de l’Ecole de la République.

Les études sur le décrochage scolaire montrent que la suspension des prestations familiales ne fait que renforcer le sentiment d'exclusion sociale, de relégation et s'accompagne souvent d'un manque de communication avec les autorités à l'origine de la sanction, n'a pas d'efficacité. La suspension ne ramène pas les jeunes vers l'école.

L’absentéisme a des causes nombreuses, parfois parfaitement légitimes comme la volonté d'échapper au racket, la nécessité de travailler, une situation familiale difficile, une orientation désastreuse.

Un point fait consensus parmi les différentes études : l’absentéisme ne peut être imputé à la seule responsabilité familiale. Punir les parents ne règle pas le problème. Pire, sur un territoire comme la Seine-Saint-Denis, cela ne fera qu’aggraver des situations sociales d’ores et déjà dramatiques.

Encore une fois, à travers une loi votée en urgence, le gouvernement fait le choix de continuer sa chasse aux pauvres dont les premières victimes seront les habitants de Seine-Saint-Denis.

Le véritable fondement de cette proposition de loi est double :
-    brosser dans le sens du poil un électorat friand de tolérance zéro et autres réponses sécuritaires et punitives,
-    exonérer l’Etat de sa responsabilité collective de la réussite de tous au profit d’une stricte responsabilité sur le thème « quand on veut, on peut ».

Ce n’est pas ma conception du système éducatif. Plus que jamais, il nous faut nous battre pour que l’Ecole de la République retrouve ce rôle d’ascenseur social pour tous.

mardi 20 avril

Visite de Sarkozy en Seine-Saint-Denis : la communication ne suffit plus !




Nicolas Sarkozy était présent ce jour à la Préfecture de Bobigny à l'occasion de la prise de fonction de M. Christian Lambert, nouveau préfet de Seine-Saint-Denis et ancien « super flic ». La nomination de M. Lambert et le déplacement de Sarkozy accompagné de Brice Hortefeux, ministre de l’intérieur et du directeur de la police nationale, faisaient de ce déplacement un moment fort de la communication du gouvernement.

Je ne préfère pas m’étendre sur la préfecture fermée au public durant deux jours et dont l’accueil est déjà en temps normal indigne d’un service public (notamment au service des étrangers) ou du déploiement impressionnant des forces de police autour de la préfecture et qui font cruellement défaut au quotidien dans nos quartiers. Non je préfère m’en tenir à l’analyse critique de la communication présidentielle centrée sur les problèmes de sécurité et d'éducation.

Communication, car l’organisation d’une grande messe d’intronisation d’un nouveau préfet est très éloignée des préoccupations et des attentes des habitants du département et particulièrement des plus fragiles qui font les frais de l’échec en matière de sécurité de la politique de Nicolas Sarkozy.

Communication, lorsque Sarkozy refuse de dresser le bilan critique de l’action ou plutôt de l’inaction de la droite en matière de sécurité depuis 2002 et qui est aussi son bilan en tant que ministre de l’intérieur de 2002 à 2004 et de 2004 à 2007.

Face à une situation qui n’a cessé de se dégrader depuis 2002, les élus locaux le disent et le redisent la Seine-Saint-Denis a besoin d’au moins 400 policiers que ce soit dans les domaines de l’action de proximité, de l’investigation ou de l’intervention rapide.

Communication, car on ne peut pas vouloir réduire durablement l’insécurité et faire un dogme du désengagement de l’Etat dans l’éducation, la santé, la solidarité et plus généralement dans l’ensemble des services publics.

Communication, lorsque Sarkozy sort du thème de la sécurité et instrumentalise le problème du décrochage scolaire dont les deux solutions miracles seraient : la suppression systématique des allocations familiales aux parents d’élèves dont les enfants sont absents de manière injustifiée et la concentration dans deux établissements du département des enfants décrocheurs.

Je suis particulièrement en colère lorsque j’entends un tel discours provocateur, démagogique et populiste. Nous savons pertinemment que le gouvernement n’assume pas ses responsabilités minimales en matière d’éducation comme permettre aux élèves d’avoir un professeur en face d’eux. De plus comment croire que la concentration de tous les enfants qui cumulent des difficultés dans deux établissements serait une solution, c’est par une prise en charge individualisée que nous réussirons à lutter contre le décrochage scolaire.

Si Sarkozy souhaite vraiment lutter contre le décrochage scolaire, je l’invite avant tout à abandonner le fantasme éternel de séparer le bon grain de l’ivraie. Et de soutenir enfin les dispositifs innovants mis en place par le Département pour lutter contre le décrochage scolaire, appuyer la parentalité ou développer la citoyenneté et la culture et que l’Etat refuse jusque là de soutenir.

La seule politique éducative valable est celle qui assume la responsabilité collective de construire l’école républicaine ayant pour objectif la réussite de tous les jeunes.

Je n’ai qu’une chose à dire pour conclure : nous en avons assez ! Nous en avons assez des fausses promesses ! Nous en avons assez de devoir attendre des situations extrêmes comme aujourd’hui à Tremblay ou il y a quelques mois à la gare de Saint-Denis pour avoir une intervention à minima de la puissance publique. Nous en avons assez que la Seine-Saint-Denis soit le centre de la communication de la droite une fois par an et l’éternelle oubliée au quotidien.

mercredi 14 avril

Les élèves exclus dans le 93, Interview parue dans la lettre Education de la FNESR


Vous trouverez ci-dessous l'interview sur le décrochage scolaire et plus particulièrement sur les élèves exclus que j'ai donnée à la Lettre Education, éditée par la Fédération Nationale des Elus Socialistes et Républicains dont ma collègue Colombe Brossel est la déléguée nationale à l'éducation.



Les élèves exclus dans le 93

Interview de Mathieu Hanotin, Vice-Président du Conseil général de Seine-Saint-Denis en charge de l'Education.


Peux-tu nous parler du contexte qui vous a conduit à prendre à bras le corps la question du décrochage scolaire en Seine-Saint-Denis et plus particulièrement la gestion des élèves exclus?

Ma prise de fonction a été marquée par une série de faits de violence aux abords des collèges. Il s’est avéré que la plupart du temps, les jeunes qui se prêtaient à ces agissements, étaient des élèves exclus de leur établissement. Je voulais que l’on puisse réfléchir, collectivement, à la prise en charge de ces jeunes, afin qu’ils ne soient plus en situation d’errance, seuls, livrés à eux même. C’est ainsi que nous avons impulsé un dispositif d’accueil des élèves exclus.

En quoi consiste-t-il ?
Nous avons fait savoir aux équipes de direction des collèges, à l’Inspecteur d’Académie et aux villes, notre volonté de faire du slogan « zéro exclus dans la rue » une réalité. Ainsi, en association avec les villes qui le souhaitent et à la demande des établissements, nous accompagnons dans la réalisation et financièrement, la mise en place du dispositif. Dans certain cas, c’est une association, ancrée dans le quartier, qui accueille les jeunes dans ses locaux ; d’autres fois, l’élève se rend dans des locaux de la ville, en lien avec le PRE… Plusieurs scénarios existent, ce qui marche ici ne vaut pas forcement ailleurs.

N’est-on pas ici dans le champ de compétences de l’Education Nationale ?
En effet, le temps de l'exclusion est du temps scolaire. Mais devant l'absence d'action de l'Education Nationale sur ce sujet, le département a joué un vrai rôle d'impulsion. Cela a poussé l’Inspecteur d’Académie à s'engager dans cette démarche. Mais de façon insuffisante pour le moment.



jeudi 8 avril

Etats généraux de la sécurité à l'Ecole: un affichage de plus? Tribune parue sur le "Café Pédagogique"




Vice-président du Conseil général de Seine-Saint-Denis en charge de l'éducation, Mathieu Hanotin regrette que l'assemblée départementale n'ait pas été consultée. Car " la prévention des violences scolaire ne peut plus être le fait d’initiatives locales et ponctuelles". C'est l'affaire de tous.

Suite à l'émotion suscitée par le décès dramatique d'un élève du lycée Darius Milhaud du Kremlin Bicêtre le 10 janvier 2010, Luc Chatel a décidé de convoquer les Etats Généraux de la Sécurité à l'école. En effet, au delà de l'émotion médiatique légitime provoquée par cet événement dramatique il faut bien reconnaître que les violences scolaires deviennent malheureusement de plus en plus monnaie courante dans les établissements scolaires.

Alors quand le ministre de l'éducation décide de convoquer des états généraux, le premier mot venant à l'esprit d'un élu de banlieue comme moi c'est enfin ! Enfin, nous allons pouvoir nous réunir, nous, acteurs de la puissance publique, pour aborder de front cette épineuse question. C’était faire preuve de trop de naïveté. En effet, une collectivité comme le conseil général de Seine-Saint-Denis, qui est de fait un partenaire majeur de l'Education Nationale en matière de prévention de la violence, n'a été ni invité, ni même consulté d'aucune manière que ce soit dans le cadre d'un putatif travail préparatoire à ces Etats Généraux. C'est le cas pour mon Conseil Général, pour la très grande majorité des autres collectivités mais également pour une très grande majorité d'associations, d'acteurs de terrains, de professionnels de l'éducation reconnus.

Pourtant, le département de Seine-Saint-Denis assume pleinement ses responsabilités et va même largement au-delà de ses compétences légales. D’abord, nous nous sommes engagés dans une logique de prévention situationnelle pour nos collèges. La prévention situationnelle c'est l'ensemble des mesures physiques liées au bâti visant à protéger les personnes par des aménagements extérieurs et intérieurs des établissements. En Seine Saint Denis, c'est déjà une réalité prise en charge par la collectivité. Ces travaux de sécurisation s’appuient sur des diagnostics de sûreté réalisés par la Police Nationale (plus de 70 sur 120 en ont déjà bénéficié). D’ailleurs, les fameux diagnostics de sécurité annoncés comme une mesure nouvelle du gouvernement sont en fait demandés aux établissements depuis 2006. Les collèges de la Seine-Saint-Denis qui sont le plus touchés par la violence scolaire sont déjà équipés de vidéosurveillance (78 sur 120 collèges) ou de sas d'entrée pour empêcher un contact direct entre la cour de récréation et l'extérieur de l'établissement (53 sur 120 collèges). D'une manière plus générale, en 2009, c'est 1,9 Millions d'Euros qui ont été consacrés pour la sécurisation des collèges. Sans polémique, ce chiffre mérite pourtant d'être mis en parallèle avec l'aide de 21 000 euros apportée par l'Etat, à travers le Fonds Interministériel pour la Prévention de la Délinquance, pour la même année. 21 000 euros, c'est à peu près le coût de l'installation de 3 caméras....

D’autre part, nous remplissons nos missions légales sur la question de l'entretien des bâtiments, mais nous avons aussi fait le choix d'aller plus loin. Le département a été à l'origine de démarches de préventions du décrochage scolaire.  Le temps de l'exclusion est un moment particulièrement crucial, c'est lors de ce temps que l'on constate le plus les phénomènes de basculement vers le décrochage scolaire qui abouti presque mécaniquement à un décrochage social. En Seine-Saint-Denis, le phénomène est d'ampleur, on recense environ 900 exclusions définitives tous les ans, et cela sans  parler des exclusions temporaires, qui ne sont pas comptabilisées.

Voilà pourquoi nous avons impulsé la création de dispositifs d’accueil des collégiens exclus durant le temps de l'exclusion. Laisser les jeunes face à eux même n'est pas la solution pour permettre une bonne prise en compte de la faute effectuée. A travers ces dispositifs nous souhaitons redonner une pédagogie à cette sanction.

La situation est ardue, mais l'investissement et l'action politique se révèlent payants. A Pierrefitte, le dispositif de prise en charge des exclus permet que 80 % des élèves accueillis ne fassent pas l’objet d’une nouvelle exclusion. A la rentrée, 8 villes et 24 collèges seront concernés par ce dispositif. Ces différentes mesures sont nécessaires, mais ne nous y trompons pas, il s'agit d'éléments d’aide à la gestion quotidienne des établissements et en aucun cas d'une réponse aux phénomènes de violence scolaire.

De même, ces dispositifs impulsés au niveau local ne peuvent pas exonérer l’Etat de ses responsabilités. La prévention des violences scolaire ne peut plus être le fait d’initiatives locales et ponctuelles. C’est une priorité nationale si on ne veut pas que le système éducatif et l’ascenseur social qui va avec se fissurent définitivement, si on ne veut pas que les inégalités se creusent davantage.

Pourquoi des adolescents en arrivent-ils à commettre des actes d'une telle violence? Une  telle attitude, si elle doit être jugée et réprimée, traduit de manière évidente une immense perte de repères. En Seine-Saint-Denis, à 15 ans, de nombreux jeunes sont persuadés qu'ils sont arrivés au bout de ce que la société leur permet d'espérer en terme de construction individuelle. C'est trop souvent cette absence de perspective qui provoque le décrochage scolaire et le basculement vers la délinquance. Le constat est clair, ces jeunes ne croient plus à la promesse différée de l'Education Nationale, à cet engagement qui a constitué le fondement de l'Ecole républicaine, à ce "si tu travailles bien, il y aura une place pour toi dans la société".

Je veux être clair sur un point: lorsqu'un adolescent commet une faute, aussi grave soit elle, celle-ci relève évidemment de sa responsabilité, et il importe de ne pas l'en exonérer. Mais quand on constate une multiplication quotidienne de faits de violences commis par des adolescents, des enfants parfois, on a le devoir de s'interroger sur la responsabilité collective de la société. Renvoyer l'acte à la stricte responsabilité d'un mineur, ou à celle de ses parents, ce n'est pas la solution. On ne répondra pas à la violence uniquement en tentant de sortir les éléments perturbateurs des établissements. Le fantasme de séparer "le bon grain de l'ivraie" est vain. Il faut lui opposer une véritable volonté d'agir pour la réussite de tous les jeunes !

Alors que faire pour ne pas en rester aux stades de ces formules? Il faut que l'ensemble des acteurs de l'éducation investissent massivement pour casser la spirale de l'échec scolaire. Les collectivités le font, au delà même de leur compétence, j'ai cité précédemment la prise en charge des élèves exclus, mais la plupart des collectivités ne s'en tiennent pas là et développent de véritables projets éducatifs.

En Seine-Saint-Denis par exemple, nous avons lancé un plan Culture Art au Collège qui implique plus de 95% des établissements pour un montant global supérieur à 1 millions d'euros, nous menons de nombreuses actions visant à accompagner les parents dans leur rôle d’éducation et non à les « stigmatiser » comme le font les annonces récentes de suppression des allocations familiales. Il ne s'agit ici que d'exemples qui ne pourront prendre toute leur force que si l'Etat agit à son tour.

Or, que constate t-on aujourd'hui ? L'Etat continue de se désengager sur les causes   profondes de la violence scolaire. Le dogme du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux continue à s'appliquer à l'éducation (250 CPE recrutés en 2010 contre 400 en 2005).

Les anciens surveillants qui étaient  des étudiants avec statut spécifique ont été transformés en emploi d’Assistant d’Education. Ils sont dorénavant recrutés niveau bac, sur un emploi à temps plein, au Smic. Et je ne parle même pas de la création récente de postes de "médiateur de vie scolaire" régis par aucun statut, ni aucune règle de recrutement si ce n'est la précarité.

Sur la formation des professeurs, on pourrait se dire que là il y a un enjeu majeur consensuel, notamment sur la prise en charge individualisée des élèves décrocheurs. Qu'en est il ? Non seulement rien n'est fait dans ce sens, mais la mastérisation va supprimer le peu de formation qui existait. A la rentrée prochaine en Seine-Saint-Denis, ce sont 1300 stagiaires et néo titulaires qui vont devoir faire cours à temps plein sans la moindre expérience, sans année de transition ou de formation entre l'université et l'enseignement.

Face à ces constats, on peut être légitimement inquiet des annonces qui sortiront de ces "Etats Généraux". Les annonces dévoilées dans la presse d’une nouvelle échelle des sanctions ou du développement des dispositifs « relais » se heurtent à la politique de suppression de postes dans l’Education nationale. Comment faire mieux et permettre une prise en charge des jeunes décrocheurs avec moins d’adultes ? Avec des formules chocs comme la "tolérance zéro", le gouvernement risque encore une fois de tomber dans de l’affichage sans réalité concrète sur le terrain.

En matière de lutte contre les violences à l’école, il ne faut pas confondre causes et symptômes. La solution, il n'y en a qu'une, elle s'appelle l'Education.


Mathieu Hanotin


Tribune à retrouver également sur le site du Café Pédagogique

vendredi 19 mars

Article du JSD: Débuts des travaux cet été au collège Jean-Lurçat , les préfabriqués enfin abandonnés en 2012

























lundi 22 février

Il est urgent de réfléchir aux véritables causes de la violence scolaire


Vous trouverez ci-dessous la tribune sur la violence scolaire et les remèdes à y apporter, parue sur lemonde.fr aujourd'hui et que j'ai signée avec Bruno Julliard, secrétaire national du PS à l'éducation.




A la veille de chaque échéance électorale, la droite fait mine de découvrir le problème de la violence scolaire et de l'insécurité. Surfant sur l'émotion suscitée par des faits graves, le gouvernement avance tête baissée sans se soucier ni de la réalité du terrain, ni de l'efficacité des réponses. La violence scolaire, loin de faire l'objet d'une analyse sérieuse et d'une politique ambitieuse, est devenue un hochet agité au gré des événements et de ses besoins électoraux. Pire, sous couvert de répondre à des faits concrets, il développe une idéologie qui fait de la répression le seul levier d'action de la puissance publique.

Après l'irruption d'une vingtaine de jeunes armées de barres de fer dans un lycée de Gagny, après l'agression d'une enseignante d'un collège près de Toulouse au couteau par un élève de 13 ans, s'en est suivi un déferlement d'annonces plus spectaculaires les unes que les autres : installation de portiques de sécurité devant les établissements scolaires, vidéosurveillance, habilitation donnée aux personnels d'éducation pour fouiller les cartables, proposition de loi antibandes… Constatons le fossé entre ces annonces et leur réalisation : à l'épreuve de la réalité, disparus les portiques de sécurité et la fouille des élèves. Tout juste la création d'"équipes mobiles de sécurité" qui tenteront d'apaiser les tensions jusqu'au prochain incident et le développement des diagnostics de sécurité dans les collèges pour envisager des travaux de sécurisation laissés à la réalisation et au financement… des collectivités !

Le vrai bilan de la droite en matière d'éducation ne se lit qu'en négatif : suppression massive d'enseignants et de personnels de surveillance dans le second degré, ghettoïsation des établissements les plus sensibles avec la suppression de la carte scolaire.

Le mouvement de grève dans les collèges et lycées de la Seine-Saint-Denis témoigne de l'exaspération de plus en plus d'enseignants et de personnels éducatifs devant leurs difficultés à remplir leur mission dans les conditions actuelles et l'absence de toute politique efficace. Il est urgent de réfléchir aux véritables causes de la violence scolaire : notre modèle éducatif est à bout de souffle, il produit de l'exclusion et il reproduit les inégalités sociales. Majoritairement de répétition et concentrée dans 10 % des établissements, la violence ne pourra être combattue que par une politique qui s'attaque à ses racines : le décrochage scolaire et la relégation dont sont victimes les jeunes des classes populaires.

Une politique qui vise à lutter contre la violence dans les établissements scolaires doit s'attacher à offrir un environnement de qualité, où des adultes qualifiés (enseignants, CPE, surveillants, conseillers d'orientation psychologiques, éducateurs spécialisés, assistantes sociales, infirmières…), sont disponibles pour assurer un suivi attentif des élèves les plus en difficulté et pour prévenir les comportements violents. La prise en charge individuelle des jeunes en difficulté est donc une priorité. C'est l'ensemble de la communauté éducative qui doit se mobiliser autour des faits de violence et autour des jeunes concernés. De manière plus collective, des mesures de prévention, pas seulement en réaction à un fait mais en amont, doivent être mises en avant : sensibilisation dans les classes, qualité de la relation pédagogique entre les enseignants et les élèves…

L'inflation des annonces sans aucune portée sur le terrain doit cesser. A force de gesticulations, les professionnels concernés ne vont plus croire en la capacité des responsables politiques de changer le cours des choses. Or, restaurer un environnement de qualité dans les établissements est essentiel pour que le système éducatif et l'ascenseur social qui va avec ne se fissurent définitivement.


Bruno Julliard est secrétaire national à l'éducation au Parti socialiste.

Mathieu Hanotin est conseiller général de Seine-Saint-Denis, vice-président chargé de l'éducation


A retrouver également sur lemonde.fr



vendredi 19 février

Tribune d'élus socialistes d'Ile-de-France sur les actes de violence à l'Ecole


Vous trouverez ci-dessous une tribune que j'ai signé avec de nombreux élus locaux d'Ile-de-France et publiée sur Médiapart . Elle réaffirme la priorité des réponses humaines face aux actes de violence à l'Ecole.

Elle a notamment été signée par: Bruno julliard secrétaire national du PS à l'éducation et Abdelhak Kachouri, tête de liste socialiste en Seine-Saint-Denis pour les élections régionales.






Nous, élus locaux des départements et de la région Ile-de-France, assistons chaque jour à la montée d'un véritable malaise dans nos écoles, nos collèges et nos lycées.

Si l'école maternelle et élémentaire a largement fait et fait encore les frais de mesures essentiellement motivées par une logique comptable visant à amputer le budget consacré à l'Education, la réduction des moyens humains et la suppression de la carte scolaire dans le second degré démontrent encore plus clairement la volonté du gouvernement de créer un système scolaire à deux vitesses. Il est en effet inacceptable de voir des collèges aux publics fragiles, notamment les collèges du réseau « ambition réussite », davantage pénalisés par l'assouplissement de la carte scolaire. La Cour des comptes a d'ailleurs récemment souligné le risque de créer de véritables « ghettos scolaires » en permettant aux élèves ayant les meilleurs résultats de quitter prioritairement ces établissements. Cette politique est celle de la rupture avec l'idéal républicain d'une école de la réussite de tous.

Le fait que  le ministre de l'Education et la ministre candidate de l'Enseignement supérieur se soient autorisés, à nouveau, à instrumentaliser l'agression d'un élève au sein du lycée Adolphe-Chérioux de Vitry-sur-Seine pour replacer les questions de sécurité au cœur de la campagne pour les élections régionales nous a choqué même si le gouvernement est coutumier du fait.

Rappelons en effet que déjà, au moment de la campagne des élections européennes, Nicolas Sarkozy, selon une pratique maintenant bien rôdée, avait sous prétexte d'apporter des réponses à la montée de la violence en milieu scolaire, proposé l'installation de portiques anti-métaux dans les établissements du second degré. Au-delà de l'inefficacité de la mesure, du manque de connaissance de la réalité vécue par les communautés éducatives qu'elle révélait, son coût était juste faramineux ! Il aurait sans nul doute, si le gouvernement avait persisté, dû être majoritairement supporté par les collectivités locales compétentes en matière de travaux de sécurisation.

Mais l'instrumentalisation des questions de sécurité tout comme le réflexe d'annoncer sans concertation ni moyens des mesures qui impacteront de fait le budget de nos collectivités est une méthode  largement éprouvée par le gouvernement !

Désormais un autre pas est franchi : le gouvernement va jusqu'à imputer la responsabilité de l'agression de Vitry-sur-Seine aux collectivités (départements et région) au prétexte qu'elles n'auraient pas installé la clôture que le diagnostic de sécurité de l'établissement aurait recommandé!

Au-delà de l'inélégance de la méthode, nous souhaitons rappeler que ces diagnostics ont été décidés unilatéralement par le gouvernement et que très rares ont été les collectivités à y être associées. A Paris comme dans le Val-de-Marne, nous n'avons pas été invités à participer à leur élaboration ni même reçu ces documents.

Symptôme d'un malaise social aggravé chaque jour par la crise, l'augmentation des actes de violence n'épargne, il est vrai, ni les abords ni l'intérieur des établissements scolaires. Nous constatons pour autant que si une grande partie des communautés éducatives sollicite des dispositifs qui permettent de contrôler les accès des collèges, la bunkerisation des établissements proposée par le Gouvernement ne fera jamais office de solution miracle pour enrayer la montée des violences. Seule une présence d'adultes suffisante peut garantir, au sein des établissements, le dialogue avec les élèves et un niveau d'encadrement sans lesquels la lutte contre la violence est vouée à l'échec.

Or, le gouvernement file la contradiction : après avoir supprimé plus de 36 000 postes dans l'Education nationale en 4 ans et annoncé la suppression de 16 000 postes supplémentaires à la rentrée 2010, la ministre candidate de l'Enseignement supérieur vient de réitérer sa proposition visant à financer des postes de surveillants-tuteurs afin de prendre en charge les jeunes les plus difficiles dans les lycées. La majorité présidentielle a aussi proposé de déployer des gendarmes à leurs alentours pour créer « un climat d'insécurité permanent chez les délinquants ». Sans parler de la stigmatisation des élèves que ces propositions induisent, nous pensons au contraire que de telles mesures risqueraient encore  d'aggraver le climat de tension qui règne déjà dans certains collèges et lycées. 

Nous pensons qu'aux actes de violence doivent d'abord être apportées des réponses humaines privilégiant le soutien aux professeurs, aux éducateurs et à leur juste autorité, ainsi qu'aux familles et aux élèves en difficulté ou en situation de décrochage. Qui d'autre que les enseignants, les conseillers principaux d'éducation et d'orientation, les personnels qualifiés de vie scolaire, les infirmiers, assistants sociaux et psychologues scolaires peuvent contribuer au quotidien à la sérénité au sein des établissements ? Leur connaissance des élèves, de leurs fréquentations et de leurs familles leur permet bien souvent de prévenir le passage à l'acte. C'est pour cela que nous demandons sans relâche que des postes pérennes d'enseignants et de personnels de vie scolaire soient rétablis et que nous refusons le recours à des personnels précaires pour effectuer les remplacements.

Aussi, nous ne pensons pas que les Etats généraux de la violence scolaire déboucheront sur des solutions concrètes. Ils ne sont qu'une énième annonce du ministre de l'Education nationale pour politiser (au sens politicien  du terme) cette question. 

Convaincus de l'importance de cet accompagnement humain, nous développons, dans le cadre de nos compétences, des dispositifs spécifiques qui contribuent à proposer des réponses axées sur la prévention, l'accompagnement des élèves les plus fragiles en lien avec les familles - en particulier les jeunes décrocheurs - à l'école et dans leur quartier, l'aide à la parentalité ou encore le soutien aux projets de promotion de la citoyenneté, axés sur la lutte contre toutes les formes de discriminations ou l'accès à des activités culturelles et sportives.

Quant au traitement des faits de grande violence, nous redisons avec le président de la région Ile-de-France, qu'il serait bon que l'Etat prenne ses responsabilités puisqu'en la matière il reste seul compétent.

 

Colombe Brossel, adjointe au Maire de Paris chargée de la vie scolaire et de la réussite éducative

Anne Hidalgo, première adjointe au Maire de Paris, tête de liste du Parti socialiste aux élections régionales à Paris

Bruno Julliard, Adjoint au Maire de Paris chargée de la jeunesse, Secrétaire National du Parti Socialiste à l'éducation

Gerard Sebaoun, Vice-Président du Conseil Général du Val d'Oise, chargé de l'éducation, la jeunesse et la prévention.

Monique Delessard, Vice-Président du Conseil Général de Seine-et-Marne, chargée de l'éducation et des collèges.

Mathieu Hanotin, Vice-Président en  Seine Saint Denis, chargé de l'éducation, de la citoyenneté et de la lutte contre les discriminations.

Abdelhak Kachouri, tête de liste du Parti Socialiste pour les élections régionales en Seine-Saint-Denis

Ali Soumare, tête de liste du Parti Socialiste pour les élections régionales dans le Val d'Oise

Michèle Sabban, tête de liste du Parti Socialiste pour les élections régionales dans le Val-de-Marne

A retrouver également sur Médiapart


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