Vous trouverez ci-dessous le discours que j'ai prononcé lors de la remise des prix aux lauréats départementaux du concours national de la Résistance et de la Déportation.
Monsieur le Préfet, Mesdames et messieurs les élus Monsieur l’inspecteur d’académie, Monsieur le président de l’Union départementale des associations d’anciens combattants, Mesdemoiselles et messieurs les lycéens et collégiens de Seine-Saint-Denis, Mesdames et messieurs les chefs d’établissement, Mesdames et messieurs les parents d’élèves,
Je dois dire que c’est un honneur et un plaisir d’être ici aujourd’hui avec vous pour remettre avec Monsieur le Préfet et Monsieur l’inspecteur d’académie, les prix aux lauréats départementaux du concours national de la Résistance et de la déportation.
Comme vous le savez le thème retenu cette année a été : « L’appel du 18 juin 1940 du Général de Gaulle et son impact jusqu’en 1945 ».
Je vous rassure, je me garderais bien de vous faire un cours d’histoire sur la période et plus particulièrement sur l’appel du 18 juin. En effet, de nombreuses personnes ici présentes seraient sans aucun doute bien plus érudites que moi sur ce sujet, à commencer bien entendu par les collégiens et les lycéens présents qui ont participé à ce concours.
Néanmoins, il me semblait important de dire quelques mots sur le sens à donner à ce concours, et plus particulièrement sur le thème retenu cette année. Si la place de la 2nd guerre mondiale dans les programmes scolaires est encore très présente, elle apparait pour les nouvelles générations, comme un moment de plus en plus lointain.
Il y a une différence entre connaitre les événements de cette période et prendre conscience qu’ils ne sont pas déroulés dans un lointain passé, mais qu’au contraire que c’était hier. Et de nombreuses personnes en sont encore les témoins et les acteurs vivants de cette histoire, qui est notre histoire.
Ainsi, je trouve particulièrement nécessaire un tel concours et plus généralement toutes les initiatives visant à perpétuer la mémoire de la résistance et de la déportation.
Le Conseil général de Seine-Saint-Denis continue d’entretenir cette mémoire, par exemple, de nombreux collèges portent le nom de Résistants et nous avons eu l’honneur de baptiser le dernier collège que nous avons construit à Livry Gargan, du nom de Lucie Aubrac.
Nous venons de commémorer le 70ème anniversaire de l’appel du 18 juin du Général de Gaulle, qui a été naturellement choisi comme thème du concours de cette année.
Vous trouverez ci-dessous ma réaction, transmise aux médias, à l'occasion de l'examen ce jour à l'Assemblée Nationale de la proposition de loi de l'UMP sur la suspension automatique des allocations familiales en cas d'absentéisme prolongé.
C’est aujourd’hui que les députés examinent la proposition de loi du Député UMP Eric Ciotti, qui prévoit une suspension systématique des allocations familiales en cas d'absentéisme prolongé.
« L’absentéisme est un fléau » a répété le Président Sarkozy à plusieurs reprises. Et il entend agir vite, sans même entendre ni les conclusions des Etats généraux de la sécurité à l’école, ni même les voix qui, depuis cette annonce, se sont élevées contre cette mesure jugée injuste et inefficace.
Les Etats généraux ont clairement mis en avant la question de l’encadrement des jeunes dans l’enceinte de l’Ecole, la nécessité de former et accompagner les jeunes enseignants, prévenir le décrochage scolaire et veiller à une plus grande stabilité des équipes.
Les annonces du gouvernement en matière d’éducation vont dans un sens complètement opposé : suppression des allocations familiales pour les parents d’élèves absentéistes, suppression de 16 000 postes à la rentrée, augmentation du nombre d’élèves par classe, diminution de la scolarisation des enfants de deux ans en maternelle, suppression des RASED, absence de remplacement des enseignants… D’un côté, le gouvernement annonce une volonté de lutter contre l’absentéisme, de l’autre, il amplifie la destruction de l’Ecole de la République.
Les études sur le décrochage scolaire montrent que la suspension des prestations familiales ne fait que renforcer le sentiment d'exclusion sociale, de relégation et s'accompagne souvent d'un manque de communication avec les autorités à l'origine de la sanction, n'a pas d'efficacité. La suspension ne ramène pas les jeunes vers l'école.
L’absentéisme a des causes nombreuses, parfois parfaitement légitimes comme la volonté d'échapper au racket, la nécessité de travailler, une situation familiale difficile, une orientation désastreuse.
Un point fait consensus parmi les différentes études : l’absentéisme ne peut être imputé à la seule responsabilité familiale. Punir les parents ne règle pas le problème. Pire, sur un territoire comme la Seine-Saint-Denis, cela ne fera qu’aggraver des situations sociales d’ores et déjà dramatiques.
Encore une fois, à travers une loi votée en urgence, le gouvernement fait le choix de continuer sa chasse aux pauvres dont les premières victimes seront les habitants de Seine-Saint-Denis.
Le véritable fondement de cette proposition de loi est double : - brosser dans le sens du poil un électorat friand de tolérance zéro et autres réponses sécuritaires et punitives, - exonérer l’Etat de sa responsabilité collective de la réussite de tous au profit d’une stricte responsabilité sur le thème « quand on veut, on peut ».
Ce n’est pas ma conception du système éducatif. Plus que jamais, il nous faut nous battre pour que l’Ecole de la République retrouve ce rôle d’ascenseur social pour tous.
Nicolas Sarkozy était présent ce jour à la Préfecture de
Bobigny à l'occasion de la prise de fonction de M. Christian Lambert, nouveau
préfet de Seine-Saint-Denis et ancien « super flic ». La nomination
de M. Lambert et le déplacement de Sarkozy accompagné de Brice Hortefeux,
ministre de l’intérieur et du directeur de la police nationale, faisaient de ce
déplacement un moment fort de la communication du gouvernement.
Je ne préfère pas m’étendre sur la préfecture fermée au
public durant deux jours et dont l’accueil est déjà en temps normal indigne
d’un service public (notamment au service des étrangers) ou du déploiement
impressionnant des forces de police autour de la préfecture et qui font
cruellement défaut au quotidien dans nos quartiers. Non je préfère m’en tenir à
l’analyse critique de la communication présidentielle centrée sur les problèmes
de sécurité et d'éducation.
Communication, car l’organisation d’une grande messe
d’intronisation d’un nouveau préfet est très éloignée des préoccupations et des
attentes des habitants du département et particulièrement des plus fragiles qui
font les frais de l’échec en matière de sécurité de la politique de Nicolas
Sarkozy.
Communication, lorsque Sarkozy refuse de dresser le bilan
critique de l’action ou plutôt de l’inaction de la droite en matière de
sécurité depuis 2002 et qui est aussi son bilan en tant que ministre de
l’intérieur de 2002 à 2004 et de 2004 à 2007.
Face à une situation qui n’a cessé de se dégrader depuis
2002, les élus locaux le disent et le redisent la Seine-Saint-Denis a besoin
d’au moins 400 policiers que ce soit dans les domaines de l’action de
proximité, de l’investigation ou de l’intervention rapide.
Communication, car on ne peut pas vouloir réduire
durablement l’insécurité et faire un dogme du désengagement de l’Etat dans
l’éducation, la santé, la solidarité et plus généralement dans l’ensemble des
services publics.
Communication, lorsque Sarkozy sort du thème de la sécurité
et instrumentalise le problème du décrochage scolaire dont les deux solutions
miracles seraient : la suppression systématique des allocations familiales
aux parents d’élèves dont les enfants sont absents de manière injustifiée et la
concentration dans deux établissements du département des enfants décrocheurs.
Je suis particulièrement en colère lorsque j’entends un tel
discours provocateur, démagogique et populiste. Nous savons pertinemment que le
gouvernement n’assume pas ses responsabilités minimales en matière d’éducation
comme permettre aux élèves d’avoir un professeur en face d’eux. De plus comment
croire que la concentration de tous les enfants qui cumulent des difficultés
dans deux établissements serait une solution, c’est par une prise en charge
individualisée que nous réussirons à lutter contre le décrochage scolaire.
Si Sarkozy souhaite vraiment lutter contre le décrochage
scolaire, je l’invite avant tout à abandonner le fantasme éternel de séparer le
bon grain de l’ivraie. Et de soutenir enfin les dispositifs innovants mis en
place par le Département pour lutter contre le décrochage scolaire, appuyer la
parentalité ou développer la citoyenneté et la culture et que l’Etat refuse jusque
là de soutenir.
La seule politique éducative valable est celle qui assume la
responsabilité collective de construire l’école républicaine ayant pour
objectif la réussite de tous les jeunes.
Je n’ai qu’une chose à dire pour conclure : nous en avons
assez ! Nous en avons assez des fausses promesses ! Nous en avons
assez de devoir attendre des situations extrêmes comme aujourd’hui à Tremblay
ou il y a quelques mois à la gare de Saint-Denis pour avoir une intervention à
minima de la puissance publique. Nous en avons assez que la Seine-Saint-Denis
soit le centre de la communication de la droite une fois par an et l’éternelle
oubliée au quotidien.
Interview de Mathieu Hanotin, Vice-Président du Conseil général de Seine-Saint-Denis en charge de l'Education.
Peux-tu nous parler du contexte qui vous a conduit à prendre à bras le corps la question du décrochage scolaire en Seine-Saint-Denis et plus particulièrement la gestion des élèves exclus? Ma prise de fonction a été marquée par une série de faits de violence aux abords des collèges. Il s’est avéré que la plupart du temps, les jeunes qui se prêtaient à ces agissements, étaient des élèves exclus de leur établissement. Je voulais que l’on puisse réfléchir, collectivement, à la prise en charge de ces jeunes, afin qu’ils ne soient plus en situation d’errance, seuls, livrés à eux même. C’est ainsi que nous avons impulsé un dispositif d’accueil des élèves exclus.
En quoi consiste-t-il ? Nous avons fait savoir aux équipes de direction des collèges, à l’Inspecteur d’Académie et aux villes, notre volonté de faire du slogan « zéro exclus dans la rue » une réalité. Ainsi, en association avec les villes qui le souhaitent et à la demande des établissements, nous accompagnons dans la réalisation et financièrement, la mise en place du dispositif. Dans certain cas, c’est une association, ancrée dans le quartier, qui accueille les jeunes dans ses locaux ; d’autres fois, l’élève se rend dans des locaux de la ville, en lien avec le PRE… Plusieurs scénarios existent, ce qui marche ici ne vaut pas forcement ailleurs.
N’est-on pas ici dans le champ de compétences de l’Education Nationale ? En effet, le temps de l'exclusion est du temps scolaire. Mais devant l'absence d'action de l'Education Nationale sur ce sujet, le département a joué un vrai rôle d'impulsion. Cela a poussé l’Inspecteur d’Académie à s'engager dans cette démarche. Mais de façon insuffisante pour le moment.
Vice-président
du Conseil général de Seine-Saint-Denis en charge de l'éducation, Mathieu
Hanotin regrette que l'assemblée départementale n'ait pas été consultée. Car
" la prévention des violences scolaire ne peut plus être le fait
d’initiatives locales et ponctuelles". C'est l'affaire de tous.
Suite à
l'émotion suscitée par le décès dramatique d'un élève du lycée Darius Milhaud
du Kremlin Bicêtre le 10 janvier 2010, Luc Chatel a décidé de convoquer les
Etats Généraux de la Sécurité à l'école. En effet, au delà de l'émotion
médiatique légitime provoquée par cet événement dramatique il faut bien
reconnaître que les violences scolaires deviennent malheureusement de plus en
plus monnaie courante dans les établissements scolaires.
Alors quand
le ministre de l'éducation décide de convoquer des états généraux, le premier
mot venant à l'esprit d'un élu de banlieue comme moi c'est enfin ! Enfin, nous
allons pouvoir nous réunir, nous, acteurs de la puissance publique, pour
aborder de front cette épineuse question. C’était faire preuve de trop de
naïveté. En effet, une collectivité comme le conseil général de
Seine-Saint-Denis, qui est de fait un partenaire majeur de l'Education
Nationale en matière de prévention de la violence, n'a été ni invité, ni même
consulté d'aucune manière que ce soit dans le cadre d'un putatif travail
préparatoire à ces Etats Généraux. C'est le cas pour mon Conseil Général, pour
la très grande majorité des autres collectivités mais également pour une très
grande majorité d'associations, d'acteurs de terrains, de professionnels de
l'éducation reconnus.
Pourtant,
le département de Seine-Saint-Denis assume pleinement ses responsabilités et va
même largement au-delà de ses compétences légales. D’abord, nous nous sommes
engagés dans une logique de prévention situationnelle pour nos collèges. La
prévention situationnelle c'est l'ensemble des mesures physiques liées au bâti
visant à protéger les personnes par des aménagements extérieurs et intérieurs
des établissements. En Seine Saint Denis, c'est déjà une réalité prise en
charge par la collectivité. Ces travaux de sécurisation s’appuient sur des
diagnostics de sûreté réalisés par la Police Nationale (plus de 70 sur 120 en
ont déjà bénéficié). D’ailleurs, les fameux diagnostics de sécurité annoncés
comme une mesure nouvelle du gouvernement sont en fait demandés aux
établissements depuis 2006. Les collèges de la Seine-Saint-Denis qui sont le
plus touchés par la violence scolaire sont déjà équipés de vidéosurveillance
(78 sur 120 collèges) ou de sas d'entrée pour empêcher un contact direct entre
la cour de récréation et l'extérieur de l'établissement (53 sur 120 collèges).
D'une manière plus générale, en 2009, c'est 1,9 Millions d'Euros qui ont été
consacrés pour la sécurisation des collèges. Sans polémique, ce chiffre mérite
pourtant d'être mis en parallèle avec l'aide de 21 000 euros apportée par
l'Etat, à travers le Fonds Interministériel pour la Prévention de la
Délinquance, pour la même année. 21 000 euros, c'est à peu près le coût de
l'installation de 3 caméras....
D’autre
part, nous remplissons nos missions légales sur la question de l'entretien des
bâtiments, mais nous avons aussi fait le choix d'aller plus loin. Le
département a été à l'origine de démarches de préventions du décrochage
scolaire. Le temps de l'exclusion est un moment particulièrement crucial,
c'est lors de ce temps que l'on constate le plus les phénomènes de basculement
vers le décrochage scolaire qui abouti presque mécaniquement à un décrochage
social. En Seine-Saint-Denis, le phénomène est d'ampleur, on recense environ
900 exclusions définitives tous les ans, et cela sans parler des
exclusions temporaires, qui ne sont pas comptabilisées.
Voilà
pourquoi nous avons impulsé la création de dispositifs d’accueil des collégiens
exclus durant le temps de l'exclusion. Laisser les jeunes face à eux même n'est
pas la solution pour permettre une bonne prise en compte de la faute effectuée.
A travers ces dispositifs nous souhaitons redonner une pédagogie à cette
sanction.
La
situation est ardue, mais l'investissement et l'action politique se révèlent
payants. A Pierrefitte, le dispositif de prise en charge des exclus permet que
80 % des élèves accueillis ne fassent pas l’objet d’une nouvelle exclusion. A
la rentrée, 8 villes et 24 collèges seront concernés par ce dispositif. Ces
différentes mesures sont nécessaires, mais ne nous y trompons pas, il s'agit
d'éléments d’aide à la gestion quotidienne des établissements et en aucun cas
d'une réponse aux phénomènes de violence scolaire.
De même,
ces dispositifs impulsés au niveau local ne peuvent pas exonérer l’Etat de ses
responsabilités. La prévention des violences scolaire ne peut plus être le fait
d’initiatives locales et ponctuelles. C’est une priorité nationale si on ne
veut pas que le système éducatif et l’ascenseur social qui va avec se fissurent
définitivement, si on ne veut pas que les inégalités se creusent davantage.
Pourquoi
des adolescents en arrivent-ils à commettre des actes d'une telle violence?
Une telle attitude, si elle doit être jugée et réprimée, traduit de
manière évidente une immense perte de repères. En Seine-Saint-Denis, à 15 ans,
de nombreux jeunes sont persuadés qu'ils sont arrivés au bout de ce que la
société leur permet d'espérer en terme de construction individuelle. C'est trop
souvent cette absence de perspective qui provoque le décrochage scolaire et le
basculement vers la délinquance. Le constat est clair, ces jeunes ne croient
plus à la promesse différée de l'Education Nationale, à cet engagement qui a
constitué le fondement de l'Ecole républicaine, à ce "si tu travailles
bien, il y aura une place pour toi dans la société".
Je veux
être clair sur un point: lorsqu'un adolescent commet une faute, aussi grave
soit elle, celle-ci relève évidemment de sa responsabilité, et il importe de ne
pas l'en exonérer. Mais quand on constate une multiplication quotidienne de
faits de violences commis par des adolescents, des enfants parfois, on a le devoir
de s'interroger sur la responsabilité collective de la société. Renvoyer l'acte
à la stricte responsabilité d'un mineur, ou à celle de ses parents, ce n'est
pas la solution. On ne répondra pas à la violence uniquement en tentant de
sortir les éléments perturbateurs des établissements. Le fantasme de séparer
"le bon grain de l'ivraie" est vain. Il faut lui opposer une
véritable volonté d'agir pour la réussite de tous les jeunes !
Alors que
faire pour ne pas en rester aux stades de ces formules? Il faut que l'ensemble
des acteurs de l'éducation investissent massivement pour casser la spirale de
l'échec scolaire. Les collectivités le font, au delà même de leur compétence,
j'ai cité précédemment la prise en charge des élèves exclus, mais la plupart
des collectivités ne s'en tiennent pas là et développent de véritables projets
éducatifs.
En
Seine-Saint-Denis par exemple, nous avons lancé un plan Culture Art au Collège
qui implique plus de 95% des établissements pour un montant global supérieur à
1 millions d'euros, nous menons de nombreuses actions visant à accompagner les
parents dans leur rôle d’éducation et non à les « stigmatiser » comme le font
les annonces récentes de suppression des allocations familiales. Il ne s'agit
ici que d'exemples qui ne pourront prendre toute leur force que si l'Etat agit
à son tour.
Or, que
constate t-on aujourd'hui ? L'Etat continue de se désengager sur les
causes profondes de la violence scolaire. Le dogme du non
remplacement d'un fonctionnaire sur deux continue à s'appliquer à l'éducation
(250 CPE recrutés en 2010 contre 400 en 2005).
Les anciens
surveillants qui étaient des étudiants avec statut spécifique ont été
transformés en emploi d’Assistant d’Education. Ils sont dorénavant recrutés
niveau bac, sur un emploi à temps plein, au Smic. Et je ne parle même pas de la
création récente de postes de "médiateur de vie scolaire" régis par
aucun statut, ni aucune règle de recrutement si ce n'est la précarité.
Sur la
formation des professeurs, on pourrait se dire que là il y a un enjeu majeur
consensuel, notamment sur la prise en charge individualisée des élèves
décrocheurs. Qu'en est il ? Non seulement rien n'est fait dans ce sens, mais la
mastérisation va supprimer le peu de formation qui existait. A la rentrée prochaine
en Seine-Saint-Denis, ce sont 1300 stagiaires et néo titulaires qui vont devoir
faire cours à temps plein sans la moindre expérience, sans année de transition
ou de formation entre l'université et l'enseignement.
Face à ces
constats, on peut être légitimement inquiet des annonces qui sortiront de ces
"Etats Généraux". Les annonces dévoilées dans la presse d’une
nouvelle échelle des sanctions ou du développement des dispositifs « relais »
se heurtent à la politique de suppression de postes dans l’Education nationale.
Comment faire mieux et permettre une prise en charge des jeunes décrocheurs
avec moins d’adultes ? Avec des formules chocs comme la "tolérance
zéro", le gouvernement risque encore une fois de tomber dans de
l’affichage sans réalité concrète sur le terrain.
En matière
de lutte contre les violences à l’école, il ne faut pas confondre causes et
symptômes. La solution, il n'y en a qu'une, elle s'appelle l'Education.
Vous trouverez ci-dessous la tribune sur la violence scolaire et les remèdes à y apporter, parue sur lemonde.fr aujourd'hui et que j'ai signée avec Bruno Julliard, secrétaire national du PS à l'éducation.
A la veille
de chaque échéance électorale, la droite fait mine de découvrir le problème de
la violence scolaire et de l'insécurité. Surfant sur l'émotion suscitée par des
faits graves, le gouvernement avance tête baissée sans se soucier ni de la
réalité du terrain, ni de l'efficacité des réponses. La violence scolaire, loin
de faire l'objet d'une analyse sérieuse et d'une politique ambitieuse, est
devenue un hochet agité au gré des événements et de ses besoins électoraux.
Pire, sous couvert de répondre à des faits concrets, il développe une idéologie
qui fait de la répression le seul levier d'action de la puissance publique.
Après
l'irruption d'une vingtaine de jeunes armées de barres de fer dans un lycée de
Gagny, après l'agression d'une enseignante d'un collège près de Toulouse au
couteau par un élève de 13 ans, s'en est suivi un déferlement d'annonces
plus spectaculaires les unes que les autres : installation de portiques de
sécurité devant les établissements scolaires, vidéosurveillance, habilitation
donnée aux personnels d'éducation pour fouiller les cartables, proposition de
loi antibandes… Constatons le fossé entre ces annonces et leur
réalisation : à l'épreuve de la réalité, disparus les portiques de
sécurité et la fouille des élèves. Tout juste la création d'"équipes
mobiles de sécurité" qui tenteront d'apaiser les tensions jusqu'au
prochain incident et le développement des diagnostics de sécurité dans les
collèges pour envisager des travaux de sécurisation laissés à la réalisation et
au financement… des collectivités !
Le vrai
bilan de la droite en matière d'éducation ne se lit qu'en négatif : suppression
massive d'enseignants et de personnels de surveillance dans le second degré,
ghettoïsation des établissements les plus sensibles avec la suppression de la
carte scolaire.
Le
mouvement de grève dans les collèges et lycées de la Seine-Saint-Denis témoigne
de l'exaspération de plus en plus d'enseignants et de personnels éducatifs
devant leurs difficultés à remplir leur mission dans les conditions actuelles
et l'absence de toute politique efficace. Il est urgent de réfléchir aux
véritables causes de la violence scolaire : notre modèle éducatif est à bout de
souffle, il produit de l'exclusion et il reproduit les inégalités sociales.
Majoritairement de répétition et concentrée dans 10 % des établissements, la
violence ne pourra être combattue que par une politique qui s'attaque à ses
racines : le décrochage scolaire et la relégation dont sont victimes les jeunes
des classes populaires.
Une
politique qui vise à lutter contre la violence dans les établissements
scolaires doit s'attacher à offrir un environnement de qualité, où des adultes
qualifiés (enseignants, CPE, surveillants, conseillers d'orientation
psychologiques, éducateurs spécialisés, assistantes sociales, infirmières…),
sont disponibles pour assurer un suivi attentif des élèves les plus en
difficulté et pour prévenir les comportements violents. La prise en charge
individuelle des jeunes en difficulté est donc une priorité. C'est l'ensemble
de la communauté éducative qui doit se mobiliser autour des faits de violence
et autour des jeunes concernés. De manière plus collective, des mesures de
prévention, pas seulement en réaction à un fait mais en amont, doivent être
mises en avant : sensibilisation dans les classes, qualité de la relation
pédagogique entre les enseignants et les élèves…
L'inflation
des annonces sans aucune portée sur le terrain doit cesser. A force de
gesticulations, les professionnels concernés ne vont plus croire en la capacité
des responsables politiques de changer le cours des choses. Or, restaurer un
environnement de qualité dans les établissements est essentiel pour que le
système éducatif et l'ascenseur social qui va avec ne se fissurent
définitivement.
Bruno
Julliard est secrétaire national à l'éducation au Parti socialiste.
Mathieu
Hanotin est conseiller général de Seine-Saint-Denis, vice-président chargé de
l'éducation
Vous trouverez ci-dessous une tribune que j'ai signé avec de nombreux élus locaux d'Ile-de-France et publiée sur Médiapart . Elle réaffirme la priorité des réponses humaines face aux actes de violence à l'Ecole.
Elle a notamment été signée par: Bruno julliard secrétaire national du PS à l'éducation et Abdelhak Kachouri, tête de liste socialiste en Seine-Saint-Denis pour les élections régionales.
Nous, élus locaux des
départements et de la région Ile-de-France, assistons chaque jour à la
montée d'un véritable malaise dans nos écoles, nos collèges et nos
lycées.
Si
l'école maternelle et élémentaire a largement fait et fait encore les
frais de mesures essentiellement motivées par une logique comptable
visant à amputer le budget consacré à l'Education, la réduction des
moyens humains et la suppression de la carte scolaire dans le second
degré démontrent encore plus clairement la volonté du gouvernement de
créer un système scolaire à deux vitesses.
Il est en effet inacceptable de voir des collèges aux publics fragiles,
notamment les collèges du réseau « ambition réussite », davantage
pénalisés par l'assouplissement de la carte scolaire. La Cour des
comptes a d'ailleurs récemment souligné le risque de créer de
véritables « ghettos scolaires » en permettant aux élèves ayant les
meilleurs résultats de quitter prioritairement ces établissements.
Cette politique est celle de la rupture avec l'idéal républicain d'une
école de la réussite de tous.
Le fait que le ministre de l'Education et la ministre candidate de
l'Enseignement supérieur se soient autorisés, à nouveau, à
instrumentaliser l'agression d'un élève au sein du lycée
Adolphe-Chérioux de Vitry-sur-Seine pour replacer les questions de
sécurité au cœur de la campagne pour les élections régionales nous a
choqué même si le gouvernement est coutumier du fait.
Rappelons en effet que déjà, au moment de la campagne des élections
européennes, Nicolas Sarkozy, selon une pratique maintenant bien rôdée,
avait sous prétexte d'apporter des réponses à la montée de la violence
en milieu scolaire, proposé
l'installation de portiques anti-métaux dans les établissements du
second degré. Au-delà de l'inefficacité de la mesure, du manque de
connaissance de la réalité vécue par les communautés éducatives qu'elle
révélait, son coût était juste faramineux ! Il aurait sans nul doute,
si le gouvernement avait persisté, dû être majoritairement supporté par
les collectivités locales compétentes en matière de travaux de
sécurisation.
Mais l'instrumentalisation des questions de sécurité tout comme le
réflexe d'annoncer sans concertation ni moyens des mesures qui
impacteront de fait le budget de nos collectivités est une méthode
largement éprouvée par le gouvernement !
Désormais un autre pas est franchi :
le gouvernement va jusqu'à imputer la responsabilité de l'agression de
Vitry-sur-Seine aux collectivités (départements et région) au prétexte
qu'elles n'auraient pas installé la clôture que le diagnostic de
sécurité de l'établissement aurait recommandé!
Au-delà
de l'inélégance de la méthode, nous souhaitons rappeler que ces
diagnostics ont été décidés unilatéralement par le gouvernement et que
très rares ont été les collectivités à y être associées. A Paris comme
dans le Val-de-Marne, nous n'avons pas été invités à participer à leur
élaboration ni même reçu ces documents.
Symptôme d'un malaise social
aggravé chaque jour par la crise, l'augmentation des actes de violence
n'épargne, il est vrai, ni les abords ni l'intérieur des établissements
scolaires. Nous
constatons pour autant que si une grande partie des communautés
éducatives sollicite des dispositifs qui permettent de contrôler les
accès des collèges, la bunkerisation des établissements proposée par le
Gouvernement ne fera jamais office de solution miracle pour enrayer la
montée des violences. Seule
une présence d'adultes suffisante peut garantir, au sein des
établissements, le dialogue avec les élèves et un niveau d'encadrement
sans lesquels la lutte contre la violence est vouée à l'échec.
Or, le gouvernement file la contradiction : après avoir supprimé
plus de 36 000 postes dans l'Education nationale en 4 ans et annoncé la
suppression de 16 000 postes supplémentaires à la rentrée 2010, la
ministre candidate de l'Enseignement supérieur vient de réitérer sa
proposition visant à financer des postes de surveillants-tuteurs afin
de prendre en charge les jeunes les plus difficiles dans les lycées. La
majorité présidentielle a aussi proposé de déployer des gendarmes à
leurs alentours pour créer « un climat d'insécurité permanent chez les
délinquants ». Sans parler de la stigmatisation
des élèves que ces propositions induisent, nous pensons au contraire
que de telles mesures risqueraient encore d'aggraver le climat de
tension qui règne déjà dans certains collèges et lycées.
Nous
pensons qu'aux actes de violence doivent d'abord être apportées des
réponses humaines privilégiant le soutien aux professeurs, aux
éducateurs et à leur juste autorité, ainsi qu'aux familles et aux
élèves en difficulté ou en situation de décrochage. Qui d'autre que les
enseignants, les conseillers principaux d'éducation et d'orientation,
les personnels qualifiés de vie scolaire, les infirmiers, assistants
sociaux et psychologues scolaires peuvent contribuer au quotidien à la
sérénité au sein des établissements ? Leur connaissance des élèves, de
leurs fréquentations et de leurs familles leur permet bien souvent de
prévenir le passage à l'acte. C'est
pour cela que nous demandons sans relâche que des postes pérennes
d'enseignants et de personnels de vie scolaire soient rétablis et que
nous refusons le recours à des personnels précaires pour effectuer les
remplacements.
Aussi, nous ne pensons pas que les Etats généraux de la violence
scolaire déboucheront
sur des solutions concrètes. Ils ne sont qu'une énième annonce du
ministre de l'Education nationale pour politiser (au sens politicien
du terme) cette question.
Convaincus
de l'importance de cet accompagnement humain, nous développons, dans le
cadre de nos compétences, des dispositifs spécifiques qui contribuent à
proposer des réponses axées sur la prévention, l'accompagnement des
élèves les plus fragiles en lien avec les familles - en particulier les
jeunes décrocheurs - à l'école et dans leur quartier, l'aide à la
parentalité ou encore le soutien aux projets de promotion de la
citoyenneté, axés sur la lutte contre toutes les formes de
discriminations ou l'accès à des activités culturelles et sportives.
Quant
au traitement des faits de grande violence, nous redisons avec le
président de la région Ile-de-France, qu'il serait bon que l'Etat
prenne ses responsabilités puisqu'en la matière il reste seul compétent.
Colombe Brossel, adjointe au Maire de Paris chargée de la vie scolaire et de la réussite éducative
Anne Hidalgo, première adjointe au Maire de Paris, tête de liste du Parti socialiste aux élections régionales à Paris
Bruno Julliard, Adjoint au Maire de Paris chargée de la jeunesse, Secrétaire National du Parti Socialiste à l'éducation
Gerard Sebaoun, Vice-Président du Conseil Général du Val d'Oise, chargé de l'éducation, la jeunesse et la prévention.
Monique Delessard, Vice-Président du Conseil Général de Seine-et-Marne, chargée de l'éducation et des collèges.
Mathieu Hanotin, Vice-Président en Seine Saint Denis, chargé de l'éducation, de la citoyenneté et de la lutte contre les discriminations.
Abdelhak Kachouri, tête de liste du Parti Socialiste pour les élections régionales en Seine-Saint-Denis
Ali Soumare, tête de liste du Parti Socialiste pour les élections régionales dans le Val d'Oise
Michèle Sabban, tête de liste du Parti Socialiste pour les élections régionales dans le Val-de-Marne