Vous trouverez ci-dessous mon courrier aux parents d'élèves, suite à la
polémique lancée par Michel Hervieu, Président de la FCPE 93, sur la
suspension du coupon ordinateur par le Conseil Général.
Cette décision intervient dans un contexte financier difficile où l'Etat nous doit 640 millions liés aux transferts de compétences et qu'il menace les services publics locaux par sa réforme territoriale.
Malgré ce contexte difficile et les incertitudes qui pèsent sur nous, j'ai tenu à faire la démonstration que l'Education reste notre priorité.
Madame, Monsieur,
Vous n'êtes pas sans connaître la situation financière extrêmement difficile dans laquelle se trouve le département de Seine-Saint-Denis.
Le transfert des compétences non compensées depuis 2004, la suppression d'un certain nombre de recettes comme la taxe professionnelle auxquelles viennent s'ajouter les effets de la crise qui provoquent une hausse mécanique des dépenses de solidarité comme le RSA ou l'aide aux mineurs isolés, créent une situation financière inédite.
La dette de l'Etat atteint aujourd'hui 640 millions. Quant l'Etat ne paye pas ce qu'il doit au département, notamment sur les questions de solidarité nationale, que se passe-t-il ? Soit nous nous résignons et alors nous sommes contraints d’appliquer les choix du gouvernement. Soit nous continuons notre combat, sachant que nous avons d’ores et déjà gagné certaines batailles, avec la condamnation du Gouvernement par le Conseil d’Etat (30/12/09) pour la non compensation des dépenses liées à la protection de l’enfance.
Le 8 avril, avec Claude Bartolone et l'ensemble de la majorité départementale moins une voix, nous avons fait le choix d’adopter un budget de révolte. Ce budget propose de reconduire l’ensemble des politiques menées en matière d’éducation, y compris les mesures « non-obligatoires » (comme le chèque ordinateur 6ème et le remboursement de 50% de la carte imagin’R), en inscrivant une recette exceptionnelle de 75 millions d’euros que l’Etat doit aux habitants de la Seine-Saint-Denis pour l’année 2010.
Comme de nombreuses organisations de progrès, notamment dans les secteurs culturels, sportifs et du handicap, l’ont fait, nous nous attendions à recevoir de la part de Michel Hervieu, Président de la FCPE Seine-Saint-Denis un soutien à notre démarche, afin d’exiger collectivement de l’Etat le remboursement de sa dette.
Malheureusement force est de constater que ce n'est pas le cas. La direction départementale de la FCPE a préféré faire porter à notre exécutif, l’entière responsabilité de la situation de dégradation des services publics en général et de celui de l’éducation en particulier.
La diminution du nombre de postes dans l’éducation, l’augmentation du nombre d’élèves par classes, la suppression des RASED, des CIO, des IUFM… Tout ceci ne semble pas nécessiter la mobilisation du président de la FCPE départementale. Pour notre part, nous continuons à exiger de l’Etat les moyens nécessaires pour mener un projet éducatif ambitieux pour les jeunes de ce département.
Mais en attendant, je veux vous le redire ici, nous réaffirmons notre priorité à l’éducation. En ce sens, que nous avons d’ores et déjà investi en faveur du développement du collège numérique à travers un plan de câblage de l’ensemble des collèges, de la connexion au haut voire très haut débit, du développement de l’Espace Numérique de Travail, de l’équipement massif en outils informatique. Cela représente plus 5 millions d'euros.
Nous avons augmenté de 30% notre budget d'investissement consacré à l'entretien et à la réparation des collèges avec notamment un plan de sécurisation des collèges pour lequel nous réservons plus de 2 millions d'euros par an.
Nous avons fait le choix d'être en pointe sur la question du décrochage scolaire en développant par exemple la mesure "Zéro élève exclu dans la rue" qui concerne aujourd'hui 24 collèges et qui a vocation à être étendu à l'ensemble du territoire dans les 2 ans qui viennent. Ce ne sont ici que des exemples mais ils démontrent clairement notre volonté de toujours mettre au cœur de nos priorités départementales les élèves de Seine-Saint-Denis.
Ceci dit, pour répondre aux interpellations du président de la FCPE 93. Sur la question du coupon informatique j'assume pleinement ma préférence pour un équipement collectif de pointe qui profite à tous par rapport à une mesure d'équipement individuel. Je ne souhaite évidemment pas à avoir à faire ce choix car je pense que les deux logiques sont complémentaires. Mais si l'Etat n'honore pas ses dettes et qu'il nous contraint à faire des choix de coupes budgétaires, j'ai l'intime conviction que la priorité doit aller à l'équipement des collèges.
Concernant la carte imagin R, nous étions jusqu'alors dans une logique d'aide globale à l'autonomie des jeunes. Encore une fois, si l'Etat nous y contraint nous serons obligés de basculer dans une logique d'aide sociale afin de permettre aux familles les plus défavorisés de continuer à bénéficier de cette aide. C'est dans ce sens que nous avons choisi de préserver le remboursement de la carte Imagin R pour les collégiens boursiers.
Vous le voyez, face à la volonté affichée du gouvernement de réduire le périmètre des services publics, nous nous battons pour préserver le maximum d'entre eux
Une séance du Conseil Général est prévue le 25 juin, lors de laquelle un nouveau budget sera présenté. Nous saurons alors si l’Etat fait le choix de toujours moins de services publics. Dans ce laps de temps, et même après cette date, c'est ce combat pour notre département que nous devons mener de concert.
Ce qui est sûr, c’est que le gouvernement n'attend qu'une chose, c'est que les citoyens fassent porter la responsabilité de la suppression de certains services publics sur les collectivités.
Ne tombons pas dans le piège que nous tend Nicolas Sarkozy et restons unis pour exiger du gouvernement qu'il prenne ses responsabilités dans l'intérêt de la Seine-Saint-Denis et de ses habitants.
Veuillez, Madame, Monsieur, accepter mes salutations distinguées.
Mathieu Hanotin Vice Président du conseil général en charge de l'Education
Interview de Mathieu Hanotin, Vice-Président du Conseil général de Seine-Saint-Denis en charge de l'Education.
Peux-tu nous parler du contexte qui vous a conduit à prendre à bras le corps la question du décrochage scolaire en Seine-Saint-Denis et plus particulièrement la gestion des élèves exclus? Ma prise de fonction a été marquée par une série de faits de violence aux abords des collèges. Il s’est avéré que la plupart du temps, les jeunes qui se prêtaient à ces agissements, étaient des élèves exclus de leur établissement. Je voulais que l’on puisse réfléchir, collectivement, à la prise en charge de ces jeunes, afin qu’ils ne soient plus en situation d’errance, seuls, livrés à eux même. C’est ainsi que nous avons impulsé un dispositif d’accueil des élèves exclus.
En quoi consiste-t-il ? Nous avons fait savoir aux équipes de direction des collèges, à l’Inspecteur d’Académie et aux villes, notre volonté de faire du slogan « zéro exclus dans la rue » une réalité. Ainsi, en association avec les villes qui le souhaitent et à la demande des établissements, nous accompagnons dans la réalisation et financièrement, la mise en place du dispositif. Dans certain cas, c’est une association, ancrée dans le quartier, qui accueille les jeunes dans ses locaux ; d’autres fois, l’élève se rend dans des locaux de la ville, en lien avec le PRE… Plusieurs scénarios existent, ce qui marche ici ne vaut pas forcement ailleurs.
N’est-on pas ici dans le champ de compétences de l’Education Nationale ? En effet, le temps de l'exclusion est du temps scolaire. Mais devant l'absence d'action de l'Education Nationale sur ce sujet, le département a joué un vrai rôle d'impulsion. Cela a poussé l’Inspecteur d’Académie à s'engager dans cette démarche. Mais de façon insuffisante pour le moment.
Vice-président
du Conseil général de Seine-Saint-Denis en charge de l'éducation, Mathieu
Hanotin regrette que l'assemblée départementale n'ait pas été consultée. Car
" la prévention des violences scolaire ne peut plus être le fait
d’initiatives locales et ponctuelles". C'est l'affaire de tous.
Suite à
l'émotion suscitée par le décès dramatique d'un élève du lycée Darius Milhaud
du Kremlin Bicêtre le 10 janvier 2010, Luc Chatel a décidé de convoquer les
Etats Généraux de la Sécurité à l'école. En effet, au delà de l'émotion
médiatique légitime provoquée par cet événement dramatique il faut bien
reconnaître que les violences scolaires deviennent malheureusement de plus en
plus monnaie courante dans les établissements scolaires.
Alors quand
le ministre de l'éducation décide de convoquer des états généraux, le premier
mot venant à l'esprit d'un élu de banlieue comme moi c'est enfin ! Enfin, nous
allons pouvoir nous réunir, nous, acteurs de la puissance publique, pour
aborder de front cette épineuse question. C’était faire preuve de trop de
naïveté. En effet, une collectivité comme le conseil général de
Seine-Saint-Denis, qui est de fait un partenaire majeur de l'Education
Nationale en matière de prévention de la violence, n'a été ni invité, ni même
consulté d'aucune manière que ce soit dans le cadre d'un putatif travail
préparatoire à ces Etats Généraux. C'est le cas pour mon Conseil Général, pour
la très grande majorité des autres collectivités mais également pour une très
grande majorité d'associations, d'acteurs de terrains, de professionnels de
l'éducation reconnus.
Pourtant,
le département de Seine-Saint-Denis assume pleinement ses responsabilités et va
même largement au-delà de ses compétences légales. D’abord, nous nous sommes
engagés dans une logique de prévention situationnelle pour nos collèges. La
prévention situationnelle c'est l'ensemble des mesures physiques liées au bâti
visant à protéger les personnes par des aménagements extérieurs et intérieurs
des établissements. En Seine Saint Denis, c'est déjà une réalité prise en
charge par la collectivité. Ces travaux de sécurisation s’appuient sur des
diagnostics de sûreté réalisés par la Police Nationale (plus de 70 sur 120 en
ont déjà bénéficié). D’ailleurs, les fameux diagnostics de sécurité annoncés
comme une mesure nouvelle du gouvernement sont en fait demandés aux
établissements depuis 2006. Les collèges de la Seine-Saint-Denis qui sont le
plus touchés par la violence scolaire sont déjà équipés de vidéosurveillance
(78 sur 120 collèges) ou de sas d'entrée pour empêcher un contact direct entre
la cour de récréation et l'extérieur de l'établissement (53 sur 120 collèges).
D'une manière plus générale, en 2009, c'est 1,9 Millions d'Euros qui ont été
consacrés pour la sécurisation des collèges. Sans polémique, ce chiffre mérite
pourtant d'être mis en parallèle avec l'aide de 21 000 euros apportée par
l'Etat, à travers le Fonds Interministériel pour la Prévention de la
Délinquance, pour la même année. 21 000 euros, c'est à peu près le coût de
l'installation de 3 caméras....
D’autre
part, nous remplissons nos missions légales sur la question de l'entretien des
bâtiments, mais nous avons aussi fait le choix d'aller plus loin. Le
département a été à l'origine de démarches de préventions du décrochage
scolaire. Le temps de l'exclusion est un moment particulièrement crucial,
c'est lors de ce temps que l'on constate le plus les phénomènes de basculement
vers le décrochage scolaire qui abouti presque mécaniquement à un décrochage
social. En Seine-Saint-Denis, le phénomène est d'ampleur, on recense environ
900 exclusions définitives tous les ans, et cela sans parler des
exclusions temporaires, qui ne sont pas comptabilisées.
Voilà
pourquoi nous avons impulsé la création de dispositifs d’accueil des collégiens
exclus durant le temps de l'exclusion. Laisser les jeunes face à eux même n'est
pas la solution pour permettre une bonne prise en compte de la faute effectuée.
A travers ces dispositifs nous souhaitons redonner une pédagogie à cette
sanction.
La
situation est ardue, mais l'investissement et l'action politique se révèlent
payants. A Pierrefitte, le dispositif de prise en charge des exclus permet que
80 % des élèves accueillis ne fassent pas l’objet d’une nouvelle exclusion. A
la rentrée, 8 villes et 24 collèges seront concernés par ce dispositif. Ces
différentes mesures sont nécessaires, mais ne nous y trompons pas, il s'agit
d'éléments d’aide à la gestion quotidienne des établissements et en aucun cas
d'une réponse aux phénomènes de violence scolaire.
De même,
ces dispositifs impulsés au niveau local ne peuvent pas exonérer l’Etat de ses
responsabilités. La prévention des violences scolaire ne peut plus être le fait
d’initiatives locales et ponctuelles. C’est une priorité nationale si on ne
veut pas que le système éducatif et l’ascenseur social qui va avec se fissurent
définitivement, si on ne veut pas que les inégalités se creusent davantage.
Pourquoi
des adolescents en arrivent-ils à commettre des actes d'une telle violence?
Une telle attitude, si elle doit être jugée et réprimée, traduit de
manière évidente une immense perte de repères. En Seine-Saint-Denis, à 15 ans,
de nombreux jeunes sont persuadés qu'ils sont arrivés au bout de ce que la
société leur permet d'espérer en terme de construction individuelle. C'est trop
souvent cette absence de perspective qui provoque le décrochage scolaire et le
basculement vers la délinquance. Le constat est clair, ces jeunes ne croient
plus à la promesse différée de l'Education Nationale, à cet engagement qui a
constitué le fondement de l'Ecole républicaine, à ce "si tu travailles
bien, il y aura une place pour toi dans la société".
Je veux
être clair sur un point: lorsqu'un adolescent commet une faute, aussi grave
soit elle, celle-ci relève évidemment de sa responsabilité, et il importe de ne
pas l'en exonérer. Mais quand on constate une multiplication quotidienne de
faits de violences commis par des adolescents, des enfants parfois, on a le devoir
de s'interroger sur la responsabilité collective de la société. Renvoyer l'acte
à la stricte responsabilité d'un mineur, ou à celle de ses parents, ce n'est
pas la solution. On ne répondra pas à la violence uniquement en tentant de
sortir les éléments perturbateurs des établissements. Le fantasme de séparer
"le bon grain de l'ivraie" est vain. Il faut lui opposer une
véritable volonté d'agir pour la réussite de tous les jeunes !
Alors que
faire pour ne pas en rester aux stades de ces formules? Il faut que l'ensemble
des acteurs de l'éducation investissent massivement pour casser la spirale de
l'échec scolaire. Les collectivités le font, au delà même de leur compétence,
j'ai cité précédemment la prise en charge des élèves exclus, mais la plupart
des collectivités ne s'en tiennent pas là et développent de véritables projets
éducatifs.
En
Seine-Saint-Denis par exemple, nous avons lancé un plan Culture Art au Collège
qui implique plus de 95% des établissements pour un montant global supérieur à
1 millions d'euros, nous menons de nombreuses actions visant à accompagner les
parents dans leur rôle d’éducation et non à les « stigmatiser » comme le font
les annonces récentes de suppression des allocations familiales. Il ne s'agit
ici que d'exemples qui ne pourront prendre toute leur force que si l'Etat agit
à son tour.
Or, que
constate t-on aujourd'hui ? L'Etat continue de se désengager sur les
causes profondes de la violence scolaire. Le dogme du non
remplacement d'un fonctionnaire sur deux continue à s'appliquer à l'éducation
(250 CPE recrutés en 2010 contre 400 en 2005).
Les anciens
surveillants qui étaient des étudiants avec statut spécifique ont été
transformés en emploi d’Assistant d’Education. Ils sont dorénavant recrutés
niveau bac, sur un emploi à temps plein, au Smic. Et je ne parle même pas de la
création récente de postes de "médiateur de vie scolaire" régis par
aucun statut, ni aucune règle de recrutement si ce n'est la précarité.
Sur la
formation des professeurs, on pourrait se dire que là il y a un enjeu majeur
consensuel, notamment sur la prise en charge individualisée des élèves
décrocheurs. Qu'en est il ? Non seulement rien n'est fait dans ce sens, mais la
mastérisation va supprimer le peu de formation qui existait. A la rentrée prochaine
en Seine-Saint-Denis, ce sont 1300 stagiaires et néo titulaires qui vont devoir
faire cours à temps plein sans la moindre expérience, sans année de transition
ou de formation entre l'université et l'enseignement.
Face à ces
constats, on peut être légitimement inquiet des annonces qui sortiront de ces
"Etats Généraux". Les annonces dévoilées dans la presse d’une
nouvelle échelle des sanctions ou du développement des dispositifs « relais »
se heurtent à la politique de suppression de postes dans l’Education nationale.
Comment faire mieux et permettre une prise en charge des jeunes décrocheurs
avec moins d’adultes ? Avec des formules chocs comme la "tolérance
zéro", le gouvernement risque encore une fois de tomber dans de
l’affichage sans réalité concrète sur le terrain.
En matière
de lutte contre les violences à l’école, il ne faut pas confondre causes et
symptômes. La solution, il n'y en a qu'une, elle s'appelle l'Education.
Martine Aubry et Bruno Julliard Secrétaire National à l’Education ont rencontré hier à mon initiative des acteurs de l’éducation en Seine-Saint-Denis.
Les participants représentaient toute la diversité du monde de l’éducation : professeurs, chefs d’établissements, conseillers principaux d’éducation, Rased, assistants d’éducation, parents, représentants d’associations éducation populaire et RESF.
Si beaucoup de participants ont pu souligner l’engagement des collectivités territoriales, à l’image des actions menées dans les collèges par le Conseil général de Seine-Saint-Denis, chacun a évoqué les difficultés rencontrées au quotidien faute à un manque de moyens attribués par l’Etat et des « réformes » régressives de la droite.
Bruno Julliard a fait part de l’inquiétude du PS sur les conditions de la rentrée puisque une nouvelle fois nous allions assister à une suppression massive de moyens comme la suppression de 13500 postes. Il a également évoqué que cette suppression de moyens se conjuguait avec des réformes qui ne visaient qu’à faire des économies comme les nouveaux programmes de l'école primaire, la formation des enseignants, la semaine de 4 jours, la suppression des Rased qui s'occupaient des élèves en difficulté ou la suppression de la carte scolaire.
Martine Aubry a rappelé en conclusion que l’Ecole était le corps central de la République et que face à Sarkozy qui « réforme » pour seul objectif de faire des économies, la volonté du Parti Socialiste est de faire de l’Education un service public de qualité au service de la réussite des élèves.
La 1ère secrétaire a assuré que cette rencontre réussie en appelait d’autres au vu de l’immense chantier à bâtir de la petite enfance à l’université pour faire de nos enfants des citoyens accomplis et émancipés.
Je me suis rendu avec Claude Bartolone, Président du Conseil général et Député de Seine-Saint-Denis, au collège Gabriel Péri à Aubervilliers pour visiter le chantier qui y était en cours.
Cette visite a été l'occasion de revenir sur l'ensemble des travaux engagés cet été pour près de 20 millions d'euros dans 101 des 120 collèges du Département.
Ces importants travaux illustrent notre volonté d'offir les meilleurs conditions d'études aux jeunes de Seine-Saint-Denis.
Encore une fois, le Président de la République masque une politique éducative régressive par de l’affichage et de la démagogie.
Affichage d’abord, parce que ceux sont aujourd’hui les collectivités territoriales seules qui financent les travaux de sécurisation des établissements scolaires. En Seine-Saint-Denis nous n’avons pas attendu les annonces du Président pour faire de la sécurité dans et aux abords des établissements scolaires une priorité. Ainsi, Claude Bartolone et moi-même, avons impulsé la signature, avec l’Inspection Académique et la Préfecture, d’un « protocole départemental relatif à la sécurité pour la réussite scolaire dans les collèges de la Seine-Saint-Denis ».
En ce sens et fort d’un diagnostic sécurité, le Département consacre en 2009 plus d’un million d’euros sur plus de 30 collèges pour répondre aux demandes des équipes éducatives en matière de travaux de sécurisation. Cette charge, le Département l’assume seul. En effet, les demandes répétées d’un plan d’investissement d’urgence de l’Etat pour les collèges de Seine-Saint-Denis sont restées lettre morte.
Affichage évidemment quand parallèlement à l’annonce de la création d’équipe mobile auprès des rectorats et à l’appel à des volontaires pour surveiller « des établissements sensibles » le gouvernement supprime massivement des postes d’adultes qualifiés et formés dans les établissements scolaires (40000 sur trois ans).
Affichage enfin car le président instrumentalise des faits graves mais exceptionnels pour replacer la sécurité au cœur de la campagne électorale.
Démagogie ensuite dans les mesures nouvelles proposées (création d’un délit d’intrusion, réalisation des diagnostics de sécurité dans 184 collèges et les policiers référents) L’habilitation donnée au personnel d’encadrement pour faire ouvrir les cartables est une vaste plaisanterie lorsque l’on sait qu’en cas de suspicion, les équipes éducatives procèdent déjà à la fouille des cartables et qu’en cas de refus, ils font appel aux forces de police. Comment croire que cette mesure viendra empêcher des faits tels qu’ils se sont produits récemment puisque l’élève de Fenouillet comme celui de Montigny les Metz il y a quelques mois, n’était pas suspecté de comportements violents et n’aurait donc pas été fouillé. Cette habilitation viendra renforcer le ressentiment des élèves. La fouille systématique des élèves, comme la mise en place de portiques, peuvent même venir augmenter « la violence anti-scolaire » comme l’explique Eric Debarbieux, spécialiste des violences à l’école.
Ces mesures viennent masquer une politique régressive qui ne répond pas aux difficultés réelles rencontrées dans les établissements scolaires, particulièrement en Seine-Saint-Denis.
Les événements récents, fortement médiatisés, sur lesquels s’appuie le Président de la République pour annoncer ses mesures sécuritaires étaient d’une gravité extrême. Mais en focalisant les réponses sur les manifestations de violence les plus spectaculaires, Sarkozy laisse penser que les violences armées seraient le lot quotidien des établissements scolaires, alors qu’elles sont marginales. Les armes ne sont pas la cause des phénomènes violents mais la conséquence. Il est illusoire de croire qu’un portique ou une fouille empêchera les jeunes de transformer un objet de la vie courante en arme.
Le vrai problème ce n’est pas l’arme mais le comportement violent, pour lequel seule une réponse éducative et citoyenne peut avoir un effet.
Lorsque l’on sait que les auteurs de faits de violence sont le plus souvent des jeunes en situation de décrochage scolaire, les réponses annoncées par Sarkozy paraissent bien inadaptées. En effet, une politique qui vise à lutter contre la violence dans les établissements scolaires doit s’attacher à offrir un environnement de qualité, où des adultes qualifiés (enseignants, CPE, surveillants, Conseillers d’Orientations Psychologiques, éducateurs spécialisés, assistantes sociales, infirmières…), sont disponibles pour assurer un suivi attentif des élèves les plus en difficultés et pour prévenir les comportements violents.
C’est ainsi plus de 300 postes qu’il faut dès aujourd’hui réimplanter dans les établissements de la Seine-Saint-Denis.
Face aux insuffisances de l’Etat en matière de lutte contre le décrochage scolaire, notre Département a fait le choix de s’attaquer à cette problématique, notamment en organisant l’accueil des élèves exclus, en lien avec les villes et les associations locales. Le temps de l’exclusion devrait pourtant être au cœur de l’action de l’Etat quand celui-ci prétend vouloir lutter réellement contre la violence scolaire.
En politique, face à une situation difficile il faut savoir garder son sang froid. L’escalade sécuritaire et démagogique annoncée par le Président Sarkozy ne règlera ni le problème des armes encore moins celui de la violence dans les établissements.
Ces mesures ne sont donc qu’un hochet médiatique qu’il agite pour faire croire qu’il agit.
Depuis 2002, nous assistons à la plus grande remise en cause du service public d’éducation jamais connue jusqu’alors. Suppression de dizaines de milliers de postes ou de personnels d’éducation, réduction des programmes au « socle minimum », mise en concurrence des universités, remise en cause régulière du baccalauréat, investissement minimal pour la recherche…
La ligne de conduite que ce gouvernement s’est fixé est extrêmement idéologique : celle de la rupture avec l’ambition universaliste de l’Ecole.
Cette rupture voulue par Sarkozy s’incarne dans un modèle d’école à deux vitesses : une éducation de qualité réservée pour les plus aisés et les plus « méritants » et une éducation a minima pour le reste de la population, et ce de la maternelle à l’université.